Les probabilités font partie des thèmes les plus redoutés du CRPE, et pourtant la logique derrière est parfaitement accessible. Expériences aléatoires, événements, arbres, tableaux à double entrée : tout repose sur quelques définitions solides et des règles de calcul simples. Dans cet article, tu trouveras le cours complet, les méthodes de calcul indispensables, un éclairage didactique pour l’enseignement en cycle 3 et des exercices dans l’esprit du concours.
Vocabulaire des probabilités
Expérience aléatoire
Une expérience aléatoire est une expérience dont on ne peut pas prévoir le résultat avec certitude, même en connaissant parfaitement les conditions de départ. Lancer un dé, tirer une carte, choisir un élève au hasard dans une classe : ce sont des expériences aléatoires.
À l’inverse, calculer 3 + 5 n’est pas une expérience aléatoire : le résultat est toujours 8.
Issue (ou résultat élémentaire)
Une issue est un résultat possible de l’expérience aléatoire. On dit aussi « résultat élémentaire » ou « éventualité ». Pour un dé à 6 faces, les issues sont : 1, 2, 3, 4, 5, 6.
Univers
L’univers, noté Ω (oméga), est l’ensemble de toutes les issues possibles. Pour un dé à 6 faces : Ω = {1, 2, 3, 4, 5, 6}. Le nombre d’éléments de l’univers est souvent noté n(Ω) ou |Ω|. Ici, |Ω| = 6.
Événement
Un événement est un sous-ensemble de l’univers, c’est-à-dire un ensemble d’issues. Par exemple, avec un dé : « obtenir un nombre pair » est l’événement A = {2, 4, 6}.
Cas particuliers :
- Événement certain : il se réalise toujours. C’est l’univers entier Ω. Exemple : « obtenir un nombre entre 1 et 6 » avec un dé classique.
- Événement impossible : il ne se réalise jamais. C’est l’ensemble vide ∅. Exemple : « obtenir 7 » avec un dé à 6 faces.
- Événement élémentaire : il contient une seule issue. Exemple : « obtenir exactement 3 ».
Définition d’une probabilité
À retenir
La probabilité d’un événement A, notée P(A), est un nombre compris entre 0 et 1 qui mesure la « chance » que cet événement se réalise.
Propriétés fondamentales :
– 0 ≤ P(A) ≤ 1 pour tout événement A
– P(Ω) = 1 (événement certain)
– P(∅) = 0 (événement impossible)
– La somme des probabilités de toutes les issues vaut 1
Situation d’équiprobabilité
Quand toutes les issues ont la même probabilité de se produire, on parle d’équiprobabilité. C’est le cas d’un dé équilibré, d’une pièce non truquée ou d’un tirage au hasard dans une urne.
Dans cette situation, la probabilité d’un événement A se calcule par la formule :
À retenir
Pour approfondir ce sujet, consultez notre cours sur l’analyse des données statistiques.
P(A) = nombre d’issues favorables à A / nombre total d’issues
Autrement dit : P(A) = |A| / |Ω|
Exemple : avec un dé équilibré, P(obtenir un nombre pair) = 3/6 = 1/2.
Approche fréquentiste
Quand on ne peut pas calculer la probabilité théorique, on peut l’estimer en répétant l’expérience un grand nombre de fois. La fréquence observée tend vers la probabilité théorique quand le nombre de répétitions augmente. C’est la loi des grands nombres.
Exemple : si tu lances une punaise 1000 fois et qu’elle tombe sur la pointe 370 fois, tu estimes P(pointe) ≈ 370/1000 = 0,37.
Événements incompatibles et contraires
Événements incompatibles
Deux événements A et B sont incompatibles (ou mutuellement exclusifs) s’ils ne peuvent pas se réaliser en même temps. Autrement dit, ils n’ont aucune issue en commun : A ∩ B = ∅.
Exemple avec un dé : « obtenir 1 » et « obtenir 6 » sont incompatibles. En revanche, « obtenir un nombre pair » et « obtenir un nombre supérieur à 4 » ne sont pas incompatibles (le 6 appartient aux deux).
Événement contraire
L’événement contraire de A, noté A̅ (A barre), est l’ensemble de toutes les issues qui ne sont pas dans A. C’est tout ce qui reste de l’univers quand on enlève A.
À retenir
P(A̅) = 1 – P(A)
A et A̅ sont toujours incompatibles et complémentaires : P(A) + P(A̅) = 1.
Cette propriété est extrêmement utile. Quand il est compliqué de calculer P(A) directement, il est parfois beaucoup plus simple de calculer P(A̅) et d’en déduire P(A) = 1 – P(A̅).
Astuce
Quand tu vois « au moins un » dans un énoncé, pense immédiatement au passage par le contraire. P(au moins un) = 1 – P(aucun). C’est presque toujours le chemin le plus court.
P(A ou B) et P(A et B)
Réunion : P(A ou B)
« A ou B » (au sens mathématique) signifie « A se réalise, ou B se réalise, ou les deux ». C’est la réunion A ∪ B.
À retenir
Formule générale : P(A ou B) = P(A) + P(B) – P(A et B)
Si A et B sont incompatibles : P(A ou B) = P(A) + P(B)
On soustrait P(A et B) dans la formule générale pour ne pas compter deux fois les issues qui appartiennent à la fois à A et à B.
Exemple avec un dé : A = « obtenir un nombre pair » = {2, 4, 6}, B = « obtenir un nombre > 4 » = {5, 6}.
P(A) = 3/6, P(B) = 2/6, P(A et B) = P({6}) = 1/6.
P(A ou B) = 3/6 + 2/6 – 1/6 = 4/6 = 2/3.
Retrouvez les détails dans notre fiche sur les opérations et propriétés.
Intersection : P(A et B)
« A et B » signifie « A se réalise et B aussi en même temps ». C’est l’intersection A ∩ B.
En situation d’équiprobabilité, on compte simplement les issues communes :
P(A et B) = nombre d’issues dans A ∩ B / nombre total d’issues.
Dans le cas d’épreuves successives (comme deux tirages), on utilise la règle de multiplication :
À retenir
Si A et B sont indépendants : P(A et B) = P(A) × P(B)
Dans le cas général : P(A et B) = P(A) × P(B sachant A)
Arbres de probabilités
L’arbre de probabilités est l’outil principal pour représenter les expériences à plusieurs épreuves. Il est indispensable au CRPE.
Construction
- Trace les branches de la 1ère épreuve à partir d’un noeud de départ. Inscris la probabilité de chaque issue sur sa branche.
- À chaque extrémité, trace les branches de la 2ème épreuve. Les probabilités peuvent changer selon le résultat de la 1ère épreuve (tirage sans remise).
- Chaque chemin complet (de la racine à une feuille) représente un résultat global.
Règles de lecture
- Règle de la multiplication : la probabilité d’un chemin = produit des probabilités le long de ce chemin.
- Règle de l’addition : pour un événement correspondant à plusieurs chemins, on additionne les probabilités de chaque chemin.
- Vérification : la somme de toutes les feuilles doit valoir 1.
Prenons un exemple. Un sac contient 3 jetons verts (V) et 2 jetons rouges (R). On tire un jeton, on le remet, puis on tire un second jeton.
| Chemin | Calcul | Probabilité |
|---|---|---|
| V puis V | 3/5 × 3/5 | 9/25 |
| V puis R | 3/5 × 2/5 | 6/25 |
| R puis V | 2/5 × 3/5 | 6/25 |
| R puis R | 2/5 × 2/5 | 4/25 |
Vérification : 9/25 + 6/25 + 6/25 + 4/25 = 25/25 = 1.
Tableaux à double entrée
Le tableau à double entrée est un autre outil pour organiser les données de probabilité, particulièrement utile quand on a deux critères de classification.
Principe
On place un critère en ligne et l’autre en colonne. Chaque case contient l’effectif (ou la probabilité) correspondant aux deux critères. Les marges (dernière ligne et dernière colonne) contiennent les totaux.
Exemple : dans une classe de 30 élèves, on s’intéresse au sexe (fille/garçon) et à la pratique d’un sport (oui/non).
| Sport : Oui | Sport : Non | Total | |
|---|---|---|---|
| Filles | 8 | 6 | 14 |
| Garçons | 12 | 4 | 16 |
| Total | 20 | 10 | 30 |
Si on choisit un élève au hasard :
- P(fille et sportive) = 8/30 = 4/15
- P(garçon) = 16/30 = 8/15
- P(sportif) = 20/30 = 2/3
- P(fille ou sportif) = P(fille) + P(sportif) – P(fille et sportive) = 14/30 + 20/30 – 8/30 = 26/30 = 13/15
Astuce
Au CRPE, commence toujours par compléter le tableau (calcule les totaux manquants). Beaucoup de questions se résolvent ensuite en une simple lecture du tableau.
Ce thème est développé dans notre article sur les fractions et décimaux.
Angle didactique : enseigner les probabilités en cycle 3
Le CRPE évalue aussi ta capacité à enseigner les probabilités aux élèves de cycle 3 (CM1, CM2, 6ème). Voici les points clés pour cette partie du concours.
Ce que disent les programmes
En cycle 3, les élèves doivent comprendre la notion d’incertitude et de hasard. Ils doivent savoir :
- Reconnaître des situations d’équiprobabilité (dé équilibré, tirage au sort)
- Calculer des probabilités simples dans des situations d’équiprobabilité
- Appréhender la notion de fréquence et son lien avec la probabilité
Démarche d’enseignement recommandée
L’entrée par l’expérimentation est fondamentale. Voici une progression type :
- Manipuler d’abord. Lance des dés, tire des billes dans un sac, joue à pile ou face. Fais collecter les résultats dans un tableau de fréquences. Les élèves constatent que les fréquences se stabilisent au fur et à mesure des lancers.
- Comparer fréquence et prédiction. Avant l’expérience, demande aux élèves de prédire les résultats. Après l’expérience, compare les prédictions aux observations. Introduis le vocabulaire : « probable », « certain », « impossible », « équiprobable ».
- Formaliser progressivement. Passe du « il y a 3 chances sur 6 » à l’écriture fractionnaire 3/6 = 1/2. Relie la probabilité théorique aux fréquences observées.
- Traiter les conceptions erronées. Beaucoup d’élèves pensent que « si le 6 n’est pas sorti depuis longtemps, il va bientôt sortir ». Travaille sur le fait que le dé n’a pas de mémoire.
À retenir
Pour le CRPE : une bonne réponse didactique montre que tu sais partir du concret (manipulation, expérimentation), passer par la verbalisation (vocabulaire probabiliste), puis formaliser (écriture fractionnaire). L’ordre est essentiel : on ne commence jamais par la formule.
Erreurs typiques des élèves de cycle 3
- Confondre « possible » et « probable » (croire que tout ce qui est possible a autant de chances de se produire)
- Le biais de représentativité : « PFPPFP est plus probable que PPPPPP » lors de lancers de pièce (les deux suites ont exactement la même probabilité)
- Le biais du joueur : « ça fait 5 fois pile, donc la prochaine sera forcément face »
- Confondre la probabilité d’un événement et le nombre d’issues favorables (dire « 3 » au lieu de « 3 sur 6 »)
Erreurs fréquentes
️ Erreur fréquente
Appliquer la formule P(A) = cas favorables / cas totaux quand il n’y a pas équiprobabilité. Cette formule ne fonctionne que si toutes les issues ont la même probabilité. Avec un dé truqué ou une roue déséquilibrée, il faut connaître la probabilité de chaque issue.
️ Erreur fréquente
Oublier de soustraire P(A et B) dans la formule P(A ou B). Si A et B ne sont pas incompatibles, P(A ou B) = P(A) + P(B) – P(A et B). Oublier le terme soustractif revient à compter deux fois les issues communes.
Voir aussi : les calculs posés et écrits pour compléter vos connaissances.
️ Erreur fréquente
Confondre « A et B » et « A ou B ». « A et B » = les deux se réalisent (intersection). « A ou B » = au moins l’un des deux (réunion). Dans la vie courante, « ou » est souvent exclusif (« fromage ou dessert »), mais en maths, « ou » est toujours inclusif.
️ Erreur fréquente
Confondre indépendance et incompatibilité. Deux événements incompatibles ne sont (presque) jamais indépendants. Si A et B sont incompatibles et non vides, P(A et B) = 0 mais P(A) × P(B) ≠ 0. Donc ils ne sont pas indépendants.
Exercices CRPE corrigés
Exercice 1 : Probabilité simple
️ Exercice
Un sac contient 5 jetons rouges, 3 jetons bleus et 2 jetons jaunes. On tire un jeton au hasard. Calcule la probabilité de tirer un jeton qui n’est pas rouge.
Voir la correction
Nombre total de jetons : 5 + 3 + 2 = 10.
Méthode 1 (directe) : jetons non rouges = 3 bleus + 2 jaunes = 5. P(non rouge) = 5/10 = 1/2.
Méthode 2 (contraire) : P(non rouge) = 1 – P(rouge) = 1 – 5/10 = 1 – 1/2 = 1/2.
Exercice 2 : Tableau à double entrée
️ Exercice
Dans une école de 200 élèves, 120 mangent à la cantine et 80 n’y mangent pas. Parmi ceux qui mangent à la cantine, 45 sont en CM2. Au total, 70 élèves sont en CM2. On choisit un élève au hasard. Calcule :
a) P(cantine et CM2)
b) P(cantine ou CM2)
Voir la correction
Construisons le tableau :
– Cantine et CM2 : 45
– Cantine et pas CM2 : 120 – 45 = 75
– Pas cantine et CM2 : 70 – 45 = 25
– Pas cantine et pas CM2 : 80 – 25 = 55
a) P(cantine et CM2) = 45/200 = 9/40
b) P(cantine ou CM2) = P(cantine) + P(CM2) – P(cantine et CM2) = 120/200 + 70/200 – 45/200 = 145/200 = 29/40
Exercice 3 : Arbre de probabilités
️ Exercice
Une boîte contient 4 billes noires et 6 billes blanches. On tire une bille, on la remet, puis on tire une deuxième bille. Calcule la probabilité d’obtenir exactement une bille noire sur les deux tirages.
Voir la correction
P(N) = 4/10 = 2/5 et P(B) = 6/10 = 3/5.
Tirage avec remise, donc épreuves indépendantes.
« Exactement une noire » = (N puis B) OU (B puis N).
P(N puis B) = 2/5 × 3/5 = 6/25
P(B puis N) = 3/5 × 2/5 = 6/25
P(exactement une noire) = 6/25 + 6/25 = 12/25
Exercice 4 : Question didactique
️ Exercice
Un élève de CM2 affirme : « Si je lance deux dés, j’ai plus de chances de faire 7 que de faire 6 parce que 7 est plus grand. » Analyse l’erreur de cet élève et propose une activité pour y remédier.
Nous vous conseillons également notre cours sur les problèmes et stratégies de résolution.
Voir la correction
Analyse de l’erreur : L’élève confond la valeur d’un nombre avec sa probabilité d’apparition. La taille du nombre n’a aucun rapport avec le nombre de façons de l’obtenir comme somme de deux dés.
En réalité, l’élève a raison sur le résultat (7 est plus probable que 6) mais pour une mauvaise raison. Les décompositions de 7 sont : (1,6), (2,5), (3,4), (4,3), (5,2), (6,1) = 6 façons. Celles de 6 sont : (1,5), (2,4), (3,3), (4,2), (5,1) = 5 façons. Donc P(somme=7) = 6/36 et P(somme=6) = 5/36.
Activité proposée : Faire lancer deux dés 100 fois par la classe et noter les sommes obtenues. Construire un tableau de fréquences. Les élèves constateront que 7 sort le plus souvent. Puis faire construire un tableau à double entrée (dé 1 / dé 2) pour visualiser toutes les combinaisons et compter les décompositions de chaque somme. L’élève comprendra que c’est le nombre de décompositions qui compte, pas la valeur de la somme.
Exercice 5 : Événements contraires et tirage
️ Exercice
On lance un dé équilibré à 6 faces trois fois de suite. Calcule la probabilité d’obtenir au moins un 6.
Voir la correction
On utilise le passage par le contraire.
P(au moins un 6) = 1 – P(aucun 6 en 3 lancers)
P(pas de 6 sur un lancer) = 5/6
Les lancers sont indépendants, donc :
P(aucun 6 en 3 lancers) = 5/6 × 5/6 × 5/6 = 125/216
P(au moins un 6) = 1 – 125/216 = 91/216
En décimal : 91/216 ≈ 0,421, soit environ 42,1 %.
FAQ
Quelle est la différence entre probabilité et fréquence ?
La probabilité est une valeur théorique, calculée à partir du modèle (par exemple, P(pile) = 1/2 pour une pièce équilibrée). La fréquence est une valeur observée, calculée à partir des résultats réels d’une expérience. Plus on répète l’expérience, plus la fréquence se rapproche de la probabilité (loi des grands nombres).
Les probabilités tombent-elles souvent au CRPE ?
Oui. Quasiment chaque session du CRPE comporte un exercice sur les probabilités, souvent couplé avec une question didactique. Les thèmes récurrents sont : les tirages dans une urne, les arbres de probabilités, les tableaux à double entrée et les questions sur l’enseignement des probabilités en cycle 3.
Faut-il connaître les formules de dénombrement (arrangements, combinaisons) ?
Non. Le CRPE ne demande pas de connaître les formules de dénombrement avancées (factorielles, arrangements, combinaisons). Il suffit de savoir compter les cas favorables et les cas totaux de manière organisée, en utilisant des arbres ou des tableaux.
Comment distinguer un tirage simultané d’un tirage successif sans remise ?
Un tirage simultané de 2 objets parmi n est mathématiquement équivalent à un tirage successif sans remise de 2 objets parmi n, quand l’ordre ne compte pas. Le résultat est le même. La seule différence est dans la manière de compter : en tirage simultané, on compte les paires sans tenir compte de l’ordre.
Quel lien avec les fractions au cycle 3 ?
Les probabilités sont une application directe des fractions. « 3 chances sur 6 » s’écrit 3/6 = 1/2. C’est une excellente occasion de travailler la simplification de fractions, la comparaison de fractions et le passage fraction-décimal-pourcentage dans un contexte concret et motivant pour les élèves.
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